Le Stress des Animaux à Comprendre

Quelques définitions

 

STRESS du latin STRINGERE signifie ETREINDRE, serrer, lier, voire même étouffer, oppresser.Ces attitudes « physiques » entraînent l’angoisse, sentiment de détresse qui « étreint » le cœur et l’âme.

DETRESSE : sentiment d’abandon, de solitude, d’impuissance que l’on éprouve dans une situation poignante (élevage industriel, transport, abattage)

Le mot « stress » existe en anglais dès le 17e siècle : pression, charge produisant une tension… qu’on rapproche de la déformation des métaux (Strain).

Il faut attendre les années 1950 pour que Hans SELYE devienne le père du STRESS et en donne la définition : état se traduisant par un syndrome spécifique à tous les changements non spécifiques  induits dans un système biologique.

Aujourd’hui, des découvertes, en neuroendocrinologie et en immunologie, mettent ce concept à l’ordre du jour dans toutes les réunions médicales. On assiste :

  • A l’augmentation du nombre des disciplines biologiques étudiant le stress,
  • A la reconnaissance du concept de stress à tous les niveaux d’organisation de l’écosystème au niveau moléculaire,
  • A l’évolution des mécanismes physiologiques relatifs au stress sur plus de 400 millions d’années.

Le STRESS touche toutes les espèces animales, donc intéresse l’agriculture et les animaux de compagnie.

On assiste :

  • A des comportements agressifs (ce qui rend difficile la manipulation des animaux stressés),
  • A des pertes de poids,
  • A une sensibilité aux infections (ce qui explique que plus de 80 % des animaux d’élevage reçoivent des antibiotiques dans leur ration).

Certaines sociétés recherchent des traitements novateurs pour soulager ces troubles secondaires dus au stress :

  • La fièvre des transports qui affecte les animaux en transit fait perdre un milliard de dollars par an aux éleveurs canadiens et américains.
  • Le système sympathico-médullo-surrénalien (notamment la sécrétion de l’adrénaline et de la noradrenaline) est nécessaire pour faire face à des perturbations physiques et physiologiques.

Hans SELYE (1932) reconnaît le rôle important du système cortico-surrénalien (notamment la sécrétion des glucocorticoïdes) dans la réponse du stress.

MASON en 1971 intègre la dimension émotionnelle de l’état de stress.

L’état de stress, chez l’animal est : «le  résultat de la sollicitation exagérée des capacités
d’ajustement comportemental et physiologique de l’animal ».

Cette définition ne fait toujours pas référence à l’état mental ou physiologique de l’animal, de manière explicite.

Plus un animal se sent menacé par rapport au bon fonctionnement de son corps (impossibilité de se coucher et de se tourner, problèmes de soif, de faim, de douleur) et de son équilibre mental (contexte social inadapté, problèmes de peur, de frustration de sur ou sous-stimulation par l’environnement), plus il sera stressé.

Certes, nous ne pouvons qu’estimer l’état psychologique de l’animal à l’aide de mesures physiologiques et comportementales, car nous manquons d’indicateurs directs.

En fonction de l’origine du stress, différentes mesures peuvent être choisies. Les mesures comportementales concernent généralement les réponses d’adaptation à la situation (fuite, agression, immobilisation, exploration).

Concernant la physiologie, les taux sanguins de cortisol, principal glucocorticoïde chez de nombreuses espèces, sont souvent utilisés, car ils augmentent, suite à l’application de facteurs de stress tous différents.

L’activité du système nerveux autonome est une autre mesure couramment utilisée : activité cardiaque, dosage de l’adrénaline et de la noradrénaline dans le sang, cortisolémie… mais sur le terrain, ces mesures sont difficiles, d’autant plus qu’on les retrouve lors d’activité physique ou de vigilance accrues.

Il faut savoir que l’état de stress d’un animal dépend, non pas de la situation, mais de son évaluation de la situation.

Chaque individu est forgé de manière unique par son patrimoine génétique et son expérience Porcantérieure. Donc, l’état de stress d’un animal est une expérience individuelle et subjective. Ce que nous devons apprécier, c’est sa réactivité au stress.

 

POURQUOI est-il si important de mieux comprendre le comportement des animaux d’élevage ?

POURQUOI est-il si important de lutter contre les troubles qu’entraîne le stress ?

  • Parce qu’il faut optimiser les performances techniques,
  • Parce que le consommateur doit pouvoir acheter les meilleurs produits.

« UNE VACHE QUI N’EST PAS STRESSÉE DONNE UN MEILLEUR LAIT… ET CE MEILLEUR LAIT DONNE UN MEILLEUR CAMEMBERT… » Vu et entendu à la TV.

La réussite de l’élevage tient à un équilibre entre plusieurs paramètres auxquels l’animal doit s’adapter : la vie en communauté, les bâtiments, l’alimentation, le microbisme, l’éleveur. Or, plusieurs éléments peuvent perturber cet équilibre : sevrage, surpeuplement, bagarres, manipulations, bruits, soins, changement des systèmes d’abreuvement ou d’alimentation, température ambiante…

Le « bon éleveur » doit détecter l’état de stress dans tout changement de comportement car, en l’absence d’intervention, le stress devient « chronique », et l’animal ne parvient plus à s’adapter seul. Les performances zoologiques se dégradent et la maladie survient.

Bien sûr, la première approche est le respect des normes zootechniques classiques. Mais, qui peut dire que cette truie-là a besoin d’une semaine pour s’adapter à la maternité, et telle autre a besoin de deux semaines ?

Là intervient l’individualisation de l’animal. Plus on cumule les facteurs nouveaux, et plus le stress risque d’être important, et sa maîtrise passe par une meilleure connaissance du comportement dans toutes les situations possibles.

Quand un éleveur entre dans un poulailler, il sait qu’il doit prévenir les poules, siffler, parler, claquer dans ses mains. Elles doivent le reconnaître, car toute présence étrangère peut provoquer un stress qui agira sur la poule, sur la qualité des coquilles ou de la chair… Ainsi, les poulets canadiens destinés à la consommation ne passent plus leur temps dans des cages. Ils conservent leur bec, boivent de l’eau fraîche, écoutent de la musique… et sont les meilleurs du monde !

Nos médias ont beaucoup parlé du transport des animaux : camions vétustes et surchargés, longs trajets sans eau, quelles que soient les conditions atmosphériques. Pour la plupart d’entre eux, ce transport constitue une expérience nouvelle. D’importants changements relatifs aux paramètres endocriniens, enzymatiques et métaboliques, ainsi qu’aux électrolytes, à la thermorégulation et à l’hydratation peuvent donc survenir. Chez un animal, ces changements physiologiques peuvent avoir un effet négatif sur le poids vif et sur la qualité, même, de la viande.

Il est indispensable de surveiller la densité du chargement, le mélange des animaux, la température ambiante, l’humidité… (cf. CHARTE ou MANIFESTE POUR LES ANIMAUX DE FERME).

Certains traitements nutritionnels ont été appliqués de manière préventive ou comme reconstituant, pour modifier la réponse de l’animal au stress du transport…

 

Jacqueline PEKER
Docteur Vétérinaire
Présidente d’Honneur de la Société Française d’Homéopathie.
Présidente de l’Instituto Homeopatico Jacqueline Peker de Campinas (Brésil)

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